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La musique pour sortir de l’ombre

25 juin 2009 | Publié dans la catégorie : Articles

Le 21 juin, c’était la fête de la musique. En Haïti, cette date n’a pas été l’objet de grandes célébrations cette année. Pourtant, la musique n’en est pas moins un secteur très dynamique. Elle attire de plus en plus de groupes et d’artistes qui y voient une chance de sortir de l’ombre.

galerie Chaque année, de nombreux groupes font irruption sur le marché musical haïtien. Dans les quartiers populaires, dans les villes de province, les nouveaux groupes et les chanteurs en herbe sont légion.

Ces dernières années, la musique haïtienne a donné naissance à plusieurs noms : Bélo, Tifane, Jean Bernard Thomas, Stanley Georges. Du côté des groupes, on trouve Barikad Crew, Krezi Mizik, Kreyòl La, Still, Zing Eksperyans, etc…Ces derniers ont eu la chance d’émerger. Mais, beaucoup d’autres travaillent chaque jour pour se faire une place sur l’échiquier musical.

Sortir de la misère, perpétuer une tradition, devenir célèbre, diffuser des messages…les objectifs de ces jeunes sont divers. Et ils ne ratent aucune occasion pour se mettre sous le feu des projecteurs que ce soit à travers les activités culturelles de quartiers ou les concours de jeunes  talents.

Ainsi, c’est le chemin de la compétition qui a convaincu Nadège Dugravil de se lancer dans une carrière professionnelle. Actuellement, elle prépare un album à paraître au mois d’août. Mais, ce disque sera une nouvelle étape dans sa carrière. Avant, elle a participé à divers concours grâce auxquels elle a pu révéler son talent au grand public.

Depuis 10 ans, elle fréquente plusieurs scènes de spectacle du pays, mais sa carrière n’a pas encore décollé. Cependant, elle n’est pas découragée. Son avenir n’est pas dans un bureau pour exercer le métier de secrétaire qu’elle a étudié.Elle a décidé qu’elle sera une grande chanteuse en dépit des immenses obstacles à surmonter.

En effet, pour les jeunes artistes et groupes, les difficultés sont nombreuses. « Les choses ne sont pas faciles. Pour s’imposer, nous devons faire beaucoup d’efforts et conquérir de nombreux fans », déclare Manfred Petit-Maître, chanteur et producteur d’Anbasad Camp, un jeune groupe rap.

Pour cela, le chanteur, qui est entrain d’enregistrer son premier disque, dit avoir adopté une stratégie qui est de faire une musique pouvant plaire au plus grand nombre. Le style musical joué par le groupe de Manfred Petit-Maître est le rap créole, une tendance musicale très en vogue actuellement. Et ces groupes se comptent par centaines.

Musique provenant des quartiers défavorisés, le rap créole s’est taillé une place de choix dans le cœur des Haïtiens. En témoigne l’émoi et l’énorme élan de solidarité qu’avait manifesté tout le pays lors de la mort, l’année dernière, de trois membres du groupe Barikad Crew, un des groupes de rap les plus populaires.

Pour Stevenson Telfort, chanteur du groupe Rockfam, un groupe à tendance rap et hip hop, « la musique haïtienne a pris un autre chemin. Elle prend la direction du marché international en offrant aux consommateurs étrangers plus de choix. C’est comme présenter un menu avec des mets variés », illustre-t-il.

Le groupe Rockfam fait partie de quelques jeunes groupes qui ont réussi récemment à s’imposer dans le monde de la musique en Haïti. Et Stevenson Telfort avance que les revenus qu’il perçoit à travers le groupe lui permettent de faire face à ses responsabilités. « Il y a des groupes qui vivent de leur musique. Nous ne sommes pas rémunérés comme les artistes étrangers, mais la musique est notre gagne-pain», témoigne-t-il.

Leur succès n’est pas dû au hasard, si l’on en croit le rappeur dont le groupe a déjà participé à plusieurs festivals tant en Haïti qu’à l’étranger. « Nous ne prétendons pas être les meilleurs. Notre réussite est le résultat de sacrifice, de discipline », dit Stevenson Telfort.

L’indiscipline serait la première cause d’échec des groupes, selon Carole Demesmin, une célèbre chanteuse haïtienne, qui intervenait sur Minustah FM. « Une carrière artistique demande plus que du talent », fait remarquer la chanteuse qui invite les jeunes à se former et à avoir une discipline de travail.

« Ce n’est pas parce que tu sais chanter que tu vas devenir chanteur, il faut se former, Il faut aussi de la discipline »,  conseille-t-elle affirmant qu’avec ces trois éléments l’artiste se met en bonne position  pour gagner son public.

Et c’est à cette grande discipline et sa grande  détermination que Tabou Combo, un groupe vieux de plus de 40 ans, doit son succès,  si l’on en croit son percussionniste Yvon André, plus connu sous le pseudonyme Kapi. Les traversées du désert n’ont jamais fait baisser les bras au groupe qui est devenu en 1974, le premier groupe antillais à avoir un titre (New York City) classé # 1 au hit parade en France.

Aujourd’hui, le succès d’autres groupes comme T-Vice, Djakout Mizik, Baricad Crew ou encore d’artistes comme Bélo, Emeline Michel, inspire des milliers de jeunes. Même si très peu arriveront au sommet, ils sont nombreux à être optimistes et à dire comme Manfred Petit-Maître « en dépit des difficultés, nous sommes venus pour rester ».

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