Un métier pour détourner les jeunes de la violence
28 août 2009 | Publié dans la catégorie : ArticlesIls sont jeunes, déscolarisés ou non scolarisé et habitent dans des quartiers défavorisés de Port-au-Prince ayant été en proie à la violence. Depuis le 8 juin 2009, ils suivent des cours de socialisation ou apprennent un métier à l’Ecole nationale des Arts et Métiers (ENAM) de Port-au-Prince. Une action initiée en leur faveur par la Section de la Réduction de la Violence Communautaire (RVC) de la MINUSTAH.
Le projet est mis sur pied par la RVC, en collaboration avec des partenaires comme la Mairie de Port-au-Prince et la Commission nationale Désarmement, Démantèlement et de Réinsertion (CNDDR). Il est financé à hauteur de 65.831 dollars américains par la MINUSTAH.
Et avec ce programme, ce sont quelque 250 jeunes qui prennent part à ces activités de formation. Parmi les bénéficiaires, 125 proviennent de Cité Soleil. De cet effectif, une cinquantaine seulement remplissent les conditions pour une formation professionnelle du projet. Les disciplines enseignées sont la plomberie, la mécanique, la ferronnerie, la climatisation et l’électricité.
Parmi les bénéficiaires, Jimmy St Fleur. Même s’il n’a « jamais pris part à des activités illicites à Cité Soleil », Jimmy a bien conscience des dangers auxquels s’expose un jeune sans formation professionnelle. A 23 ans, il est déjà père d’un enfant de 5 ans dont il doit pourvoir aux besoins.
Il se réjouit d’avoir l’occasion d’acquérir une formation, seul moyen pour devenir un professionnel. Jimmy a choisi la climatisation / réfrigération. « Je trouve que c’est une bonne initiative et c’est mieux que de distribuer de l’argent aux jeunes », estime-t-il. A l’avenir, il aimerait avoir son propre atelier avec ses propres clients.
De son côté, Naphtalie Cémérant, 19 ans, voit dans cette formation une possibilité de surmonter les problèmes économiques auxquels elle est confrontée. Depuis 2001, elle a dû arrêter les études primaires à cause des difficultés économiques de ses parents. Depuis lors, elle passe la majeure partie de son temps à l’église ou chez elle à ne rien faire.
Aujourd’hui, grâce a la RVC, Naphtalie apprend la plomberie. Elle pense qu’elle pourra gagner sa vie avec ce métier même si les femmes ne sont pas nombreuses à embrasser cette discipline. Avec ses revenus, elle compte poursuivre ses études et ainsi acquérir d’autres compétences.
Outre l’aspect professionnel, le projet vise à développer chez les participants l’estime de soi et la capacité de résolution de conflit, comme le fait remarquer M. Condé. Et après la formation, la RVC envisage de solliciter des stages en entreprise pour les participants afin que ceux-ci puissent parfaire leur connaissance. Cette Section de la MINUSTAH compte aussi appuyer les jeunes diplômés à former des groupements socioprofessionnels à caractère coopératif.
A ceux-là qui n’ont pas les pré-requis pour l’apprentissage d’un métier sont offerts des cours de lecture, d’écriture en langue créole et des notions de calcul de base. Il leur est également dispensé des notions de civisme, de respect des normes et des règles de vivre ensemble communautaire.
Entre autres raisons justifiant la mise en œuvre de ce programme à l’intention des jeunes, particulièrement ceux de Cité Soleil, figurent « le chômage accru des jeunes dans les zones vulnérables, l’inoccupation de jeunes à risque de manipulation, l’insuffisance des infrastructures scolaires, sociales, professionnelles, sanitaires, sportives …», comme le souligne le chef de l’Unité Réinsertion de la RVC, Mamadi Condé.
Aussi, le projet se fixe-t-il pour objectif d’offrir à ces jeunes non scolarisés ou déscolarisés l’opportunité d’apprendre un métier, leur permettant de s’intégrer dans la vie sociale et économique du pays. Ceci contribuera du même coup à réduire leur participation aux activités de violence et à développer leur niveau professionnel comme défini par le gouvernement à travers la CNDDR.
Les jeunes sont au cœur de plusieurs projets de la RVC. Ainsi, par le passé, la Section a initié un programme de promotion de la culture de la paix et de résolution de conflit. A cette occasion, 60 jeunes -dont une trentaine provenait de Cité Soleil- avaient été formés comme ambassadeur de la paix par l’organisation Scout d’Haïti.
Cette catégorie de la population des zones défavorisées en raison de sa vulnérabilité reçoit également régulièrement une attention particulière à travers des activités de sensibilisation lors de rassemblement culturel ou sportif, de formation professionnelle visant des ex-éléments armés et le financement de micro-entreprises.
« Ce sont des projets que nous encourageons car ils vont servir Cité Soleil », a reconnu le maire adjoint de cette commune, Jean Robert Charles. Il attire l’attention sur le fait que Cité Soleil recèle beaucoup de jeunes ayant de grandes potentialités qu’ils ne demandent qu’à valoriser. Et le cas d’un lauréat de cette commune aux examens de baccalauréat en 2005 est bien là pour le confirmer.
Rédaction : Hugo Merveille
Edition: Uwolowulakana Ikavi
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