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Artibonite: faire face à la vague de migrants de la capitale

19 février 2010 | Publié dans la catégorie : Articles

Après le séisme du 12 janvier qui a dévasté la capitale haïtienne et d’autres villes du pays, plus de 200.000 personnes ont migré vers le département de l’Artibonite. Une situation difficile pour ce département déjà en proie a d’autres difficultés, qui tente de faire face à l’urgence dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’alimentation et de la sécurité.

galerie Trois semaines après le tremblement de terre du 12 janvier, le département de l’Artibonite avait déjà accueilli 200.000 rescapés provenant de Port-au-Prince. Un effectif qui pourrait être revu à la hausse dans la mesure où le recensement des migrants se poursuit dans les sections communales du département.

Certaines communes telles Desdunes, Petite Rivière, Saint-Marc, Marmelade et Gros Morne ont enregistré une augmentation de population variant entre 10 et 21%, selon des données communiquées par la Direction départementale de la protection civile. Une situation liée au fait que l’Artibonite sert de jonction entre, d’une part, le département de l’Ouest qui abrite la capitale haïtienne, et ceux du Nord, du Nord-Ouest, du Nord-Est, et dans une certaine mesure, du Centre, d’autre part.

Cet afflux de migrants crée des problèmes divers à ce département qui se remet péniblement des conséquences des cyclones Hanna et Ike de septembre 2008. Mais les autorités locales ainsi que les partenaires nationaux et internationaux s’organisent pour tenter de répondre aux défis posés par la présence des réfugiés.

« Nous avons décidé de ne pas créer de centres d’accueil, ni d’abris dans le département. Nous encourageons plutôt les migrants à rester dans les familles d’accueil. L’aide sera apportée à ces familles afin qu’elles puissent faire face aux charges », explique Gerarda Elysée, la Coordonnatrice technique départementale de la Protection civile.

Près de 5000 victimes soignées

Selon la Directrice départemental de la santé de l’Artibonite, Dr Dieula Louissant, plus de 4.476 victimes du séisme ont déjà été prises en charge dans les différents hôpitaux de l’Artibonite. Par ailleurs, environ 550 personnes ont subi des interventions chirurgicales, dont une quarantaine d’amputations. Toujours selon le Dr Louissaint, ces opérations ont débuté plus de dix jours après le séisme, en raison du manque de matériel chirurgical et orthopédique.

Aussi, dans le Haut-Artibonite, avec les moyens du bord, les victimes ont été accueillies à l’hôpital de Secours, au Centre de santé de Raboteau et de Ka-Soleil, à l’hôpital Eben-Ezer des Gonaïves et celui de  Gros Morne. Dans les Bas-Artibonite, l’hôpital de  Pierre Payen (non loin de la ville de Saint-Marc), Saint-Nicolas au centre-ville Saint-Marc, Claire Heureuse à Dessalines, le centre hospitalier de Petite Rivière, et l’hôpital Albert Schweitzer à Deschapelles, sont les principaux centres qui ont prodigué des soins aux victimes.

Une aide précieuse de la communauté internationale

La prise en charge sur le plan sanitaire a été facilitée par la présence de partenaires internationaux. Une équipe médicale de 14 personnes venant de Boston (aux Etats-Unis) est arrivée à Saint-Marc,  le 17 janvier dernier, à la demande de Zanmi Lasante, une ONG supportant la Direction sanitaire de l’Artibonite. Parmi eux, des chirurgiens et deux orthopédistes.

Une autre équipe médicale japonaise de trois membres séjournait à Saint-Marc depuis le 18 janvier. Celle-ci est sur place grâce aux démarches des responsables du Projet d’Appui à la Lutte contre les IST (infections sexuellement transmises) en Haïti (PALIH).

Deux équipes de 17 médecins canadiens et colombiens ont soigné près d’un millier de blessés graves à l’Hôpital de Secours des Gonaïves et au CDI de Raboteau. En outre, une équipe de médecins haitiens de la diaspora a apporté assistance pendant 10 jours aux victimes qui se sont rendus dans la commune de Petite Rivière de l’Artibonite.

Mais, après la prise en charge dans les hôpitaux, la principale préoccupation concerne maintenant le suivi à accorder aux victimes. « Aujourd’hui, les urgences sont terminées. Nous nous félicitons de la précieuse contribution des spécialistes étrangers et du corps médical haïtien », a assuré Dr Louissaint.

Cependant, poursuit-elle, « désormais, les priorités portent sur le suivi postopératoire des malades, l’accompagnement psychosocial des victimes et l’intégration sociale des personnes qui ont été amputées, notamment l’acquisition de matériel adapté à leur situation ».

Mme Louissaint a d’ailleurs annoncé le lancement d’une campagne d’appui psycho-social aux victimes du 12 janvier et informé que la gratuité des soins aux victimes va se poursuivre jusqu’au 12 avril prochain. De même, la Coopération Cubaine s’est engagée à créer au sein du Centre de santé de K-Soley, une structure de réhabilitation pour les personnes handicapées par cette catastrophe.

Pour ce qui est de  l’alimentation, les cours des produits de première nécessité ont connu une augmentation oscillant entre 8 et 25%. Le paquet de sucre est ainsi passé de 150 à 180 gourdes, tandis que le haricot est passé de 180 à 210 gourdes. Quant au sac de 25kg de riz, il coûte désormais 1125 gourdes contre 1000 gourdes avant.

Pour aider à y faire face, le Programme alimentaire mondial (PAM) a augmenté ses prestations de 20% dans les centres de santé, en faveur des enfants, des femmes et des personnes vivant avec le VIH. Le PAM a procédé à plusieurs distributions ciblées, suivant les besoins formulées par les comités communaux de protection civile.

L’école, malgré tout

Dans le département, des établissements scolaires ont été sérieusement endommagés. Cependant, le directeur adjoint de l’Education nationale pour l’Artibonite, Daniel Caillard, avait demandé aux parents de reconduire leurs enfants à l’école, le lundi 1e février. « Il s’agit d’une reprise axée surtout sur un appui psycho-social, notamment pour les premières semaines», précise-t-il.

Et selon un bilan provisoire établi par la Direction départementale de l’Education nationale de l’Artibonite, plus d’une semaine après la réouverture officielle des classes, 806 écoles sur 2200 ont recommencé à fonctionner. Au total, 42.051 élèves des 1e et 2e cycles ont été en classe.

Quant aux élèves ayant regagné l’Artibonite après le séisme, Daniel Caillard leur demande de s’inscrire  dans les Bureaux de district scolaires (BDS) du département. Et le nombre d’élèves déplacés enregistrés s’élève à 8.176. «Le ministère de l’Education envisage de les prendre en charge », a-t-il rassuré. En vue de leur permettre de poursuivre l’année scolaire, les autorités locales de l’Education entendent faire fonctionner plus de salles de classe, l’après-midi.

Selon le Régisseur régional de l’Education nationale, Etzer Vixamar,  les besoins additionnels  liés notamment au salaire des enseignants et au matériel scolaire seront assurés par le gouvernement. M. Vixamar lance par contre  un appel aux différents partenaires de l’Education nationale pour la fourniture de tentes en vue de l’établissement de salles de classe de secours.


Rédaction: Vicky Delore Ndjeuga

Édition: Faustin Caille


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