Vers de meilleures pousses dans les hauteurs de Bizoton

Photo : Pierre Jérome Richard – UN/MINUSTAH

 

« N’était-ce cette école, mes enfants seraient encore en train de courir dans les savanes. Ils auraient pu être des délinquants. Qui sait, mes filles auraient déjà pu être tombées enceintes », estime Lenoix Guillaume, père de cinq enfants fréquentant cet établissement, situé dans le quartier de Laramé, section communale de Bizoton, à Carrefour.

A l’instar des enfants de M. Guillaume, 71 ans, ils sont déjà plus d’une centaine de ces enfants défavorisés à être reçus « gratuitement » à l’Institution mixte Jean Bonté, perchée sur le flanc d’un morne jusqu’à présent accessible seulement aux 4×4 et aux motos.

Pour l’atteindre, le mieux c’est de passer par Bizoton 53, une rue située juste en face de la base de la Garde côtière haïtienne, sur la Route de Carrefour, en allant vers le Sud du pays. Dans cette section, située à environ 15 minutes de voiture du centre-ville de Port-au-Prince, nombreux sont encore les enfants qui ne vont pas à l’école à cause de l’incapacité économique de leurs parents.

Si l’école fait la rentrée à 8h00 du matin, la grande majorité de son effectif n’arrivera qu’entre 8h 30 et 9h00 et même jusqu’à 9h 30. Les raisons sont multiples.

 

Photo : Pierre Jérome Richard – UN/MINUSTAH

« J’ai dû aller chercher de l’eau pour me laver. Ensuite j’ai dû laver tous les ustensiles et faire le ménage à la maison », a déclaré Jean Luc, en 2e année fondamentale, l’ainé de trois garçons vivant avec leur père qui dès l’aube part travailler.

Arrivée en sueur d’ailleurs, sans livre, avec un cahier plié en deux dans sa main gauche et dans l’autre, un gallon, certes sans bouchon, mais rempli d’eau. Ce garçon de 11 ans ne porte pas encore l’uniforme de l’école : chemise blanches à barres bleues et grises, pantalon vert d’olive pour les garçons et jupes plissées vertes pour les filles.

A l’école, il n’y a pas d’eau et il n’y a pas non plus de ces marchands ambulants qui en vendent en sachets, comme dans les rues. Mais il ne faut surtout pas s’en faire, il y a toujours la possibilité pour Jean Luc ou d’autres « volontaires », des camarades qui ont de ces bidons ou leurs gallons d’eau (de sources non contrôlées, bien sûr) de partager avec d’autres souvent plus jeunes. Parfois certains en boivent directement du réservoir, non recouvert de l’école, alimenté par de l’eau de pluie.

« Boul la, boul la’’ (le ballon, le ballon), scande un groupe de ces gamins une minute après la sonnerie annonçant la recréation remontant avec empressement du rez de chaussée où se trouvent aligner leurs salles de classes. Ces garçons ne s’intéressent qu’au football. Le ballon est là, le terrain est disponible, mais pour y avoir accès, « il faut avoir participé à la montée du drapeau » à 7h45. Et ça, tout le monde est tenu de le respecter.

Pendant la récréation, aucun marchand n’est remarqué devant l’école, comme c’est le cas ailleurs. Ce n’est pas que les enfants n’auraient pas envie de grignoter, mais on n’attire pas les vendeurs avec des poches vides. La seule personne qui apporte « quelque chose » à manger est la femme du gardien, une dame dans la soixantaine avancée qui fait cuire elle-même ses galettes de farine dans de l’huile chaude. Des galettes salées qu’elle vend à une gourde à un tout petit nombre de chanceux.

 

Photo : Pierre Jérome Richard – UN/MINUSTAH

 

Raison économique oblige, la majorité des écoliers viennent sans rien manger et ils vont repartir à 12h30 plus affamés qu’avant. « Dieu seul sait s’ils ne vont pas dormir le ventre vide », commente Jean Bonté, 51 ans, teint clair, en jeans bleu plutôt délavé et T-shirt jaune, 1m90 environ et portant des tresses. « Certains marchent plus d’une heure pour venir ici » souligne-t-il.

Le petit Jean Luc fait partie de cette catégorie. De retour chez lui, il doit préparer à manger pour lui, ses frères et son père, puisque depuis bientôt quatre années, sa mère n’est plus de ce monde.

Un monde de plus en plus exigeant qui oblige que tout un chacun apprenne à « développer son cerveau », remarque M. Bonté. Voilà pourquoi, en dehors des cours classiques, certains n’hésitent pas après 12 h 30, l’heure du renvoi de l’école, à bifurquer chez ce dernier pour des « séances en mécanique », son métier.

Et, à l’avenir, à moins que leurs idées ne changent, plusieurs d’entre eux, dont Jean Will Stevenson Fontal, 8 ans, aimeraient devenir mécaniciens, et partager la passion de leur maitre à la retraite.

 

Photo : Pierre Jérome Richard – UN/MINUSTAH

 

Photo : Pierre Jérome Richard – UN/MINUSTAH

 

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Photo : Pierre Jérome Richard – UN/MINUSTAH

 

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Rédaction : Pierre Jerome Richard

 

 


 

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