« 20 ans de cela, les élections étaient une simple activité de courtoisie », se souvient Antoine Baptiste, directeur de l’École nationale de Saut-D’eau. L’éducateur s’exprimait à Hinche dans le cadre d’un forum électoral destiné à sensibiliser la société civile sur la nécessité d’éviter les violences électorales à l’instar de celles ayant entaché les joutes législatives du 9 aout dernier dans certaines régions du pays.
« Sans se faire prier, les électeurs allaient aux urnes pour choisir leurs dirigeants pendant que d’autres citoyens, ayant un programme qui reflète les intérêts de la population se portaient candidats », a souligné le quinquagénaire.
« Aujourd’hui, parler des élections est synonyme de préparer la guerre. C’est triste », a lâché l’éducateur. Ce dernier présume qu’il est de la responsabilité de l’Etat de créer l’ambiance favorable à la promotion d’élections démocratiques au détriment de cette nouvelle mentalité qui laisse présager que les « élections se gagnent par les armes ».
Une nouvelle réalité qui, loin de favoriser la stabilité recherchée, entrave le processus démocratique encore très fragile, constate, de son côté, Ronaldo Suprême, étudiant en 2ème année des sciences économiques. Aussi a-t-il remarqué que « toutes ces violences et magouilles électorales traumatisent par avance les électeurs et intimident particulièrement la participation des femmes ».
Choqués et découragés, MM. Suprême et Baptiste, à l’instar d’autres membres de la société civile du département du Centre, avouent avoir du mal à comprendre que leurs concitoyens se bagarrent à propos d’élections alors qu’ils devaient plutôt se concentrer sur l’avenir du pays. Ils tiennent, encore une fois les gouvernants, en particulier le Conseil Électoral Provisoire (CEP), pour responsables de cet état de fait.
Pour Abner Georges, l’un des conférenciers à un Forum du même type aux Gonaïves, dans l’Artibonite, les citoyens sont les premiers responsables de la faiblesse de l’Etat puisque, rappelle-t-il, « le personnel politique est issu de la société civile ». Il appartient, selon lui, à la société civile de bien remplir sa fonction d’organe régulateur de l’Etat. « Une société civile forte donne lieu à un pays fort », conclu-t-il d’un ton convaincu.
C’est pourquoi il a invité les électeurs à faire un bon usage de leur unique arme qui n’est autre que leurs bulletins de vote.
Toutefois, concède-t-il, pour que les élections soient viables et servent de tremplin à la démocratie, certaines conditions doivent être respectées. Elles doivent être régulières, libres, inclusives, honnêtes et équitables. Sinon, estime le représentant de la société civile, cet exercice démocratique sera toujours émaillé de violence.
Insistant sur la nécessité d’avoir des élections libres, démocratiques et surtout sans violence dans le pays, le CEP a souhaité trouvé conjointement avec les participants « la méthode pour éviter la répétition, le 25 octobre prochain, du scénario du 9 Aout passé » a soutenu pour sa part, Wally Désance, président du Bureau Électoral Départemental (BED) de l’Ouest I.
L’envoyé du CEP tenait ces propos à l’ouverture d’un forum dans la commune de Gressier, à environ 15 minutes de route de Port-au-Prince en direction du Sud, le mardi 06 octobre 2015.
La simple évocation des évènements du 09 Aout par l’émissaire du CEP a suscité des bourdonnements au sein de l’assistance, composée en grande partie de personnalités qui ont été des témoins oculaires du saccage de deux centres de vote dans cette commune.
Se disant « porteur d’un message de paix », M. Désance a souligné que des espaces de discussions de ce type étaient mis en place à travers le pays, en prélude au premier tour des élections présidentielles et municipales, ainsi que le second tour des législatives programmés pour le 25 octobre prochain.
Au terme de débats très bruyants, autorités et participants n’ont pas toujours conclu à la signature d’un pacte de paix. Cependant, ils ont convenu que pour l’avenir du pays, certaines actions conjointes doivent être entreprises.
Rédaction : Marie Yolette B. Daniel