Elections 25 octobre 2015 en Haïti… Oui, « elles auront lieu ». Les autorités le confirment. Le Conseil électoral provisoire (CEP) en a d’ailleurs, dès le début du processus, donné toute la garantie. Tout est mis en œuvre pour appeler le peuple à y participer massivement, surtout les jeunes. C’est d’ailleurs un devoir civique que toute personne majeure (à partir de 18 ans) se doit de remplir.
A mesure que le Jour « J » approche, on sent monter la fièvre électorale. Les candidats, surtout ceux à la présidence, courtisent la population. Les débats se multiplient dans les médias. Et les réseaux sociaux s’enflamment de commentaires.
Petit souci, les dernières élections du 9 août laissent encore une certaine perplexité chez plusieurs électeurs.
En effet, les actes de violence électorale ont affecté 13% des 1 508 centres de vote du pays lors du premier tour des élections législatives, « conduisant à la nécessité de reprendre les scrutins pour 25 sièges de la chambre des députés et 6 sièges du Sénat », souligne la Représentante spéciale du Secrétaire générale des Nations Unies en Haïti, Sandra Honoré, lors d’une conférence de presse en la date du 15 octobre 2015.
« J’ai bien l’intention d’aller voter, mais j’ai aussi très peur des éventuelles représailles qu’il pourrait y avoir », affirme Elissoit, un quinquagénaire appuyé sur sa canne, attendant une mototaxi qui doit l’emmener travailler. « Et rien ne dit que les élections auront lieu », ajoute-t-il vaguement.
Et Elissoit n’est pas le seul à être envahi par cette crainte dans la ville de Jérémie, département de la Grand ’Anse du pays.
De la participation des électeurs : « Ils étaient 18% le 9 août dernier lors des élections législatives », selon le CEP. Entre autres aspects évoqués par les experts électoraux pour expliquer cette faible participation, c’est le nombre de rumeurs qui circulait dans tout le pays en vue d’intimider les potentiels votants.
Des mesures correctives, le CEP en a bien pris quelques-unes, telles qu’augmenter la capacité de certains centres de vote dans quelques communes ou sanctionner les superviseurs fautifs lors des dernières joutes, pour améliorer les deux tours des élections à venir, le 25 Octobre et 27 Décembre. Le Conseil de sécurité des Nations Unies l’a même salué. Restent, entre autres, les dispositions à prendre pour rassurer les votants. Parmi elles : La sécurité.
Comment écarter les comportements violents ou induisant à la violence de quelques individus mal intentionnés le jour du scrutin afin d’assurer que la population puisse voter en toute quiétude? La réponse est pourtant là. Pas plus loin que dans le décret électoral du 2 mars 2015.
PDF : Infractions Pénales en vertu du décret électoral. + Poster
Et là, le CEP s’en remet directement aux mains des forces de l’ordre. Car, “La loi doit avoir autorité sur les hommes, et non les hommes sur la loi ”, nous apprend Pausanias, écrivain grec. Pierre Louis Opont, président du Conseil électoral provisoire, semble vouloir, s’il le faut, faire appel à tout l’arsenal de la police ou des justiciers du pays, soit « pour dissuader ou pour le strict respect de la loi ». Selon lui, chacun doit bien jouer sa partition pour la réussite des élections du 25 octobre.
La PNH promet de relire sa partition et de la jouer fort.
Il est évident que la PNH a aussi besoin de réviser son cahier « de plan de sécurité surtout en ce qui a trait à la performance de ses agents » comme le reconnait Frantz Lerebours, porte-parole de la PNH, qui promet d’agir en conséquence.
Une des promesses faite : Plus de policiers seront déployés bien avant le deuxième tour sur le terrain surtout dans les zones où les élections ont été annulées en août dernier. Ces policiers seront visibles dans les centres de vote attendant l’appel des superviseurs. Entretemps, des évaluations de la situation sur le terrain ont été menées dans tous les dix départements, la cartographie de l’évaluation des risques a été mise à jour et le plan de sécurité intégré.
De l’autre côté, un plan de sécurité conjointement développé et mise en œuvre par la PNH et la MINUSTAH, a été révisé, avec des renforcements considérables prévus avant, le jour du scrutin même et après le 25 octobre.
Encadré
- 10,000 policiers seront déployés, appuyés par 2,500 casques bleus de la Minustah (800 militaires 951 FPU et 751 policiers de l’UnPol) ;
- Améliorer les délais de dotation des matériels et des frais de déploiement pour les renforts ;
- Augmenter les matériels roulants (154 véhicules 4×4 et 882 motos réparties sur les 147 communes) pour une meilleure mobilité d’intervention ;
- Réorganiser la vulgarisation de la description des tâches à accomplir au plus près des policiers déployés sur le terrain ;
- Renforcer le contrôle par des outils et techniques personnalisés afin de mieux responsabiliser ;
- Engager une sensibilisation plus intensive avec les partenaires de la PNH sur la réduction de la violence ;
- Renforcer l’armement et le pré positionnement des gardes statiques et des motos dans les départements les plus à risque ;
- Mieux articuler la distribution et la récupération des matériels électoraux avec le Bureau des Nations Unies pour les Services d’Appui aux Projets (UNOPS).
«…Le ministère du juge de paix en cette matière est forcé.»
Parallèlement, le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, Pierre Richard Casimir a entamé depuis le jeudi 15 octobre 2015 une série de visite dans les différents départements du pays à commencer par la Grand‘Anse. Il s’est fait particulièrement accompagner de Jean Etienne Mercier, membre du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) et Représentant des Juges de Paix à cette même institution. L’objectif a été de rencontrer les juges de paix des différentes communes en vue de leur rappeler l’importance de leur rôle dans le processus électoral, notamment le jour du scrutin.
« …Le ministère du juge de paix est forcé », le leur rappelle-t-il. Il les invite à être impartiaux et fermes dans leur décision.
En attendant que le Jour « J » arrive, plusieurs agents de la PNH sont déjà déployés dans plusieurs villes du pays.
Le porte-parole de cette institution rappelle le mot d’ordre pour tous les policiers durant cette période: la neutralité.
Rédaction : Anderson LAFORET
Mercredi 22 Octobre 2015, Exercise PNH et MINUSTAH sur l’intervention et la réaction rapide avec hélicoptère – Video : UN/MINUSTAH